Un Peu d'HISTOIRE

LA CASEINE

La caséine provient du lait qui est composé de matières grasses, de matières protéiques, minérales et de sucre.
Obtenue par coagulation du lait écrémé, elle est insoluble dans l'eau , cependant elle gonfle à son contact.

Elle est par contre soluble dans des solutions alcalines.
Elle brûle difficilement en dégageant une odeur de substances organiques protéiques.

En 1882 les applications connues de la caséine sont:
Confection des fromages,
Composante du papier photo
Ses propriétés permettent son utilisation comme colle et gomme dans l'industrie,
comme additif dans la peinture, le mastic, le ciment dans le secteur du bâtiment ainsi que dans des activités artistiques tels que l'ébénisterie, la gravure sur bois, la peinture sur toile.

Il semble que l'additif de la caséine comme liant dans les pigments était déjà connu sous l'Antiquité, en tout cas on en trouve la première trace écrite vers 1350 dans un ouvrage sur " Le secret des Arts ".

Dès 1870 on trouve de la caséine dans différents brevets Allemand et Anglais, qui en utilisant le lait permettait la fabrication d'une matière censée imiter la corne, le marbre, la porcelaine. Cependant il n'existe pas une caséine mais des caséines liées à la diversité des races de vaches et des régions. Le manque de connaissances à cette époque a réduit son utilisation industrielle et n'a pas donné de suites.

Il faut donc attendre aux environs 1895 en Allemagne pour que la recherche sur l'utilisation d'une caséine durcie commence à aboutir.
Tout vient d'une idée de remplacer l'ardoise des tablettes scolaires par une surface blanche, sur laquelle les inscriptions seraient effaçables avec une éponge.

Un certain Wilhelm B. Krische associé dans ses recherches avec Adolf Spitteler trouve une solution à la l'insolubilisation de la caséine, et son durcissement par un traitement au formol. Après deux années d'efforts, ils arrivent à mettre au point une nouvelle matière susceptible de concurrencer le Celluloïd. Matière très dure, avec un aspect comparable à la corne que l'on peut poncer et faire briller par polissage. Un brevet sur son procédé de préparation sera déposé en 1897, sous le nom de Lactoforme.

Parallèlement, un Français trouve la solution, Alfred Trillat, un chimiste autodidacte qui débute sa carrière dans des laboratoires et qui deviendra chef de service à l'Institut Pasteur,
Il découvre la propriété du formol à insolubiliser la matière albuminoïde et à la durcir. Il met au point un procédé de fabrication industriel à rendement élevé. En appliquant cette découverte à la caséine il obtient une matière solide. C'est en 1893 que les premiers échantillons furent fabriqués dans les laboratoires Huillard à Suresnes. Ceux-ci ne manifestèrent pas un grand intérêt à sa découverte et ne donnèrent pas suite à cette invention.

C'est donc en Allemagne que cette découverte sera exploitée par Krische et Spitteler.

La caséine durcie était née.

Deux Sociétés, l'une Française, l'autre Allemande sont fondées afin de fabriquer industriellement la caséine durcie. Les premières furent en Allemagne la Vereinigte Gummiwaren Fabriken près d'Hambourg et en France la compagnie Française de la Galalith.( Le nom de Galalith du grec pierre de lait apparaît pour la première fois)
Une usine de fabrication de caséine installée dans le nord de la France fournie aussi bien la demande Française, que celle d'Allemagne.

En 1905 une nouvelle Société Allemande voit le jour ( International Galalith Gesellschaft Hoff et Cie), elle rachète les droits de la Sté Francaise en instance de faillite et de ce fait va dominer totalement le marché de la caséine durcie. Le mot Galalith devient le terme générique.
En 1914 on produit plusieurs centaines de tonnes de Galalith entre la France et l'Allemagne et les entreprises emploient plus de 3.000 personnes.
Mais avec la guerre tout va être bouleversé. La fabrication cesse pratiquement en Allemagne faute de caséine (celle-ci étant fabriquée pratiquement pour sa totalité en France) et les biens de l'International Galalith Gesellschaft sont mis sous séquestre en France.

En France, à partir de cette période, avec l'excellente qualité de la matière première (la caséine), la Galalith Française jouissant d'une excellente réputation va prendre son essor.

L'utilisation du celluloïd étant menacé pour sa grande inflammabilité, mais aussi en raison de l'emploi de la nitrocellulose pour raison de guerre, la Galalith va donc être utilisée en remplacement par de nombreuses industries.

Les principales applications se feront dans la lunetterie, les peignes, tous les objets tournés, la bijouterie (Oyannax, Morez, St Claude, Ivry la Bataille, l'Ariège), les manches de couteaux (Thiers), les boutons (Méru et le Jura), les aiguilles à tricoter (Allier), les isolants électriques etc...

Le grand intérêt de la caséine durcie est sa densité de 1,35. Totalement inodore, elle résiste aux acides, aux solvants, ininflammable, elle se travaille comme le bois, en sciage, tournage, fraisage, perçage, collage, se polie mécaniquement ou à la main. Son seul défaut est d'être sensible à l'eau, donc à l'hygrométrie de l'air.

En y ajoutant des colorants dans sa première phase de fabrication, il est possible de la colorer à l'infini, et de lui donner des aspects imitant l'ivoire, le marbre, l'écaille, l'ébène, la corne etc.. D'où sa grande utilisation chez les boutonniers.

A partir des années 20, en France, une multitude de sociétés vont se constituer dans les régions laitières, elles fabriqueront de la caséine et pour certaines la transformeront elles-mêmes en caséine durcie..

Entre 1930 et 1940 l'industrie de la caséine durcie périclite, Crise économique et trop de concurrence font que beaucoup de petits fabricants disparaissent, en 1938/39 il ne reste qu'une huitaine de sociétés.
Petitcollin, Ste Charentaise de Matières Plastiques, Ets Desrues, Ste Erinoïd, Ets Feuillant, Lactilithe, Ets Simon-Lahu- La Claudilithe.

La production annuelle de ces entreprises était d'environ 2,700 tonnes en 1940.
Après interruption de la guerre, la fabrication reprend 1947, mais on ne produit que la moitié de la production de 1940.
Cette industrie employait après la guerre dans les 600 à 800 ouvriers en production, et de 7,000 à 10,000 dans le façonnage.

Une société se démarque de l'ensemble, ce sont les Etablissements FEUILLANT à Ezy sur Eure avec plus de 550 tonnes de Caséine durcie.

A partir de l'année 1975, la production diminue fortement, Simon-Lahu fabrique encore pour sa propre utilisation dans la fabrication de boutons, les Ets FEUILLANT se maintiennent à 400 tonnes.La grande époque est révolue, la caséine durcie est peu à peu remplacée par des matières plus productives, les résines de polyesters prennent le relais, elles sont moins chers, à pratiquement la même qualité d'usinage, malgré un rendu de l'aspect moindre,( aspect plus terne) elles remplacent la caséine durcie.
D'autre part l'évolution du marché laitier se développe et de ce fait la transformation du lait écrémé en caséine n'a plus d'intérêt.

En 1981 les Etablissements FEUILLANT ferment définitivement et la fabrication de la Galalith disparaît quasiment définitivement.

Etablissements A . FEUILLANT

Albert FEUILLANT est né en 1887 à Ezy/Eure. Son père était artisan peigner. Très jeune, il quitte le domicile familiale pour voyager, Paris puis un voyage aux Etats Unis. Il y travaille dans des fabriques de peignes. Rentré en France, il fonde sa propre entreprise artisanale en 1912 à Ivry la bataille.

Après 1918, au fait des nouvelles technologies propres au travail du peigne, il s'intéresse à la caséine durcie, et commence conjointement à la corne, une fabrication de peignes avec cette matière.

En 1923, il fonde la Ste A FEUILLANT fils à Paris. Il achète le matériel nécessaire à la fabrication de la caséine durcie de l'International Galalith Off séquestrée depuis le début de la guerre de 14/18, et s'installe à Ivry-la-bataille.

En 1924 il est presque opérationnel et sa fabrication de caséine durcie est commercialisée sous le nom d'Ivryne.

La production est vendue dans la région parisienne, Méru (Boutons), dans le Jura St Claude et Oyonnax et Thiers pour les manches de couteaux. L'entreprise prospère rapidement en raison de la qualité de la matière, la diversité de coloris, structures et effets, spécificités très prisées par les boutonniers.

En 1932 A. FEUILLANT regroupe toutes ses activités de fabrication (Fabrication du peigne et fabrication de la caséine durcie) à Ezy sur Eure dans une nouvelle usine.

Après la guerre de 1939/45 l'usine de A FEUILLANT se recentre uniquement sur la fabrication de la caséine durcie. Il se lance dans la fabrication de plaques de tubes et de joncs pour l'industrie boutonnière. Il instaure donc une nouvelle politique de fabrication afin de satisfaire la forte demande diversifiée en termes de structures et de coloris. Il crée deux collections par an et doit, pour être compétitif, répondre à des délais très courts et constituer un stock permanent.

Durant cette période, les différents fabricants de caséine durcie ferment les uns à la suite des autres, seuls FEUILLANT et Simon-LAHU résistent.

La production baisse en raison de la diminution de la demande. De 700 tonnes annuelles en 1939 la production passe à 520 tonnes en 1970, elle se maintiendra jusqu'en 1974 (410 tonnes) mais le déclin de la caséine durcie est inéluctable.

Albert FEUILLANT étant décédé en 1965, sa femme lui succède et décède à son tour en 1972. La succession directoriale ne parvient pas à maintenir la pérennité de l'entreprise. Un essai de fabrication de polyesters fut tenté et ne conclut pas à un résultat satisfaisant. Les Etablissements FEUILLANT ferment, et la liquidation devient effective en 1981.